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Michael Finkel - Le dernier ermite

Récit - JC Lattes - 2017

Le dernier ermite, que j'ai lu dans sa version originale anglaise intitulée Stranger in the Woods, raconte l'incroyable "escapade" d'un homme appelé Christopher Knight qui, un beau jour alors qu'il a la jeune vingtaine et toute la vie devant lui, conduit sa voiture jusqu'au bout d'un chemin forestier du Maine et abandonne la société pour vivre seul en forêt. Et quand je dis seul, je veux dire vraiment seul. Knight, qu'on croyait disparu ou mort, a en effet passé 27 ans en forêt dans la plus totale solitude, n'ayant échangé aucune parole avec personne sauf un "Bonjour" à un randonneur croisé par hasard lors d'une sortie. Il a survécu en volant de la nourriture et d'autres biens dans des chalets à proximité du campement qu'il avait établi et n'a jamais, jusqu'à son arrestation, été aperçu, croisé, identifié.

De l'extérieur, cet acte peut avoir l'air du geste d'un homme en crise dont la santé mentale vacille. La réalité est autre. L'auteur, journaliste de métier, a été interpellé par cet homme dont il ne connaissait rien d'autre que ce que les médias avaient présenté de lui suite à son arrestation et à son procès. Ayant quasi-miraculeusement gagné sa confiance et ayant pu échanger avec lui une correspondance épistolaire de même que le rencontrer en prison, Finkel nous en apprend davantage sur les raisons qui ont poussé Knight à se réfugier avec lui-même et à prendre ses distances de toute forme d'interaction avec les femmes et les hommes autour de lui. La décision était réfléchie, le geste totalement volontaire. Au fil des explications que Knight a partagé avec l'auteur, on découvre un homme tourmenté par la vie en société et avide de solitude, d'une solitude parfaite, ultime. On remarque aussi, bien sûr, certaines manies troublantes, par exemple en ce qui concerne son souci de ne voler que le nécessaire à sa survie et son "confort" ou encore son hygiène corporelle irréprochable même s'il vivait en forêt dans des conditions spartiates.

Une telle histoire, totalement extraordinaire et inusitée, nous amène à ressentir une certaine sympathie pour le personnage, arraché à sa vie de rêve par les forces policières, emprisonné et ensuite remis à sa famille avec "interdiction" de disparaître à nouveau. D'un autre côté, sa survie en tant qu'ermite repose sur des centaines d'intrusions dans les propriétés privées qui ont certainement fortement troublé la quiétude des habitants du secteur.

Il n'en reste pas moins que la vie de Knight est tout à fait exceptionnelle tant il paraît impossible que quelqu'un puisse disparaître du monde en 1986 pour ne réapparaître qu'en 2014 après 27 ans de vie incognito à quelques milles des habitations les plus proches. Le texte de Finkel se lit tout seul et le récit qu'il présente prend parfois une touche personnelle. On sent en effet que l'auteur n'a pas seulement mené une quête de journaliste, mais aussi développé une certaine amitié pour Knight, qu'il n'hésite pas à qualifier d'ermite le plus "isolé" de l'histoire. Tellement isolé en fait qu'il se prévoyait une mort paisible, en forêt, seul à son campement... Où il serait encore si on ne l'avait pas débusqué, au prix de multiples efforts et grâce aux nouvelles technologies permettant de surveiller les bâtiments et traquer les voleurs. (Pascal, 27 octobre 2017)

 

Emily St.John Mandel - Station Eleven

Roman - Alto - 2016

J'ai fait une bien passionnante rencontre ces derniers jours. Station Eleven d'Emily St.John Mandel m'est tombé sous la main un peu par hasard. Récipiendaire du Prix des libraires - Roman hors Québec en 2017, le roman s'est attiré des commentaires élogieux des critiques et des lecteurs. Ainsi, basé sur l'opinion d'autrui, j'ai choisi d'aller y voir de plus près. Et je ne regrette pas une seule des secondes passées à lire ce livre.

 

La jeune auteure présente des personnages que nous commençons à suivre à l'aube d'un cataclysme mondial qui décime la quasi-totalité de l'humanité. À travers un très agréable ballet allant de l'époque pré-catastrophe à l'ère post-désastre, le lecteur suit les tribulations et les destins croisés de personnages à la fois uniques et interreliés. Ceux-ci ont des histoires qui se recoupent. C'est là une des forces du roman. Tout finit par se rattacher à tout. On est tenté de dire : toute est dans toute. Des années de jeunesse des personnages au parcours des survivants dans les vingt années suivant la grippe géorgienne, les tracés s'écartent et finissent par se rejoindre.

 

Étonnamment, malgré que le scénario pointe en ce sens et sans minimiser l'ampleur du traumatisme rencontré par les personnages suite à la pandémie, l'ambiance n'est pas particulièrement post-apocalyptique. Nous ne sommes pas en science-fiction, bien que la vie du XXIe siècle puisse y être assimilée aux yeux des rares qui n'ont pas été emportés par la catastrophe. Les survivants se reconstruisent une existence qui, dans les circonstances, semble acceptable, sont nostalgiques du passé sans toutefois sombrer dans la déprime collective. Et pour tous, justement, le collectif, la présence de l'autre, les relations humaines sont de première importance et alimentent leurs réflexions.

 

Une grande, originale et passionnante boucle qui nous ramène, plus de 300 pages plus tard, au point de départ après maints détours et, pour certains, une pointe d'espoir. Une de mes meilleures lectures des dernières années, un titre à recommander sans hésiter. (Pascal - 31 août 2017)

 

Tim Tzouliadis - The Forsaken. An American Tragedy in Stalin's Russia

Histoire - Penguin - 2008

Je dois avouer avoir un intérêt très grand et un peu inexplicable pour tout ce qui entoure l'histoire du Goulag, ce vaste réseau concentrationnaire ayant marqué l'Union soviétique pendant plus de la moitié du XXe siècle. J'ai beaucoup lu sur le sujet : Soljénitsyne, Shalamov, Werth, Applebaum, et bien d'autres. Je ne me considère aucunement comme un spécialiste du sujet, mais les lectures sur ce thème peuvent devenir redondantes. Il y a quelques mois, j'avais apprécié la lecture de Journal d'un gardien du Goulag d'Ivan Tchistiakov (Denoël, 2012), qui présente les camps de travail du point de vue du système, des autorités, des bourreaux. Ce regard sur le Goulag est rarement exposé.

 

Dans la même veine, The Forsaken. An American Tragedy in Stalin's Russia de Tim Tzouliadis nous amène à la découverte d'une nouvelle "tragédie dans la tragédie", très peu connue, soit celle de citoyens américains qui ont fui la crise des années 1930 pour aller vivre en URSS et, surtout, y trouver du travail pour subvenir au besoin de leur famille. Tzouliadis y raconte le parcours improbable de ces Américains d'abord accueillis à bras ouverts par le régime, trop content de démontrer au monde "capitaliste" que des Occidentaux quittaient leur pays pour trouver une vie meilleure à l'Est.

 

Comme des millions d'autres, beaucoup de ces Américains ont par la suite été broyés par le système de répression soviétique, impitoyable. Broyés aussi furent les prisonniers de guerre suite à la Deuxième grande guerre et à la Guerre de Corée, eux aussi ayant croupi dans les prisons du Goulag. L'auteur nous présente leur destin, ne se soldant pas toujours par une mort anonyme, mais toujours malheureux. Tzouliadis démontre aussi à quel point le gouvernement américain a été incapable, pour une multitude de raisons allant de l'obstruction du régime soviétique à une complaisance inexplicable envers l'URSS en passant par les impératifs stratégiques, de faire quoi que ce soit pour rapatrier ces ressortissants en danger et dont le sort était connu des autorités diplomatiques et gouvernementales.

 

Le récit que présente l'auteur de ces événements est enlevant, la trame narrative est très bien ficelée, et l'ouvrage se lit rapidement et avec un grand plaisir. Il laisse même songeur : des Canadiens ou des Québécois ont-ils eux aussi pris le chemin de l'URSS pour ensuite subir les malheurs entraînés par la "Terreur"? Malheureusement, le bouquin n'est pas traduit en français. À découvrir, pour les passionnés d'histoire qui maîtrisent la langue de Shakespeare! (Pascal, 8 août 2017)

 

Kenza Bennis - Les monologues du voile. Des Québécoises se racontent

Essai - Robert Laffont - 2017

Au Québec, il faut avoir vécu en ermite pour ne pas avoir entendu parler du "fameux" voile porté par certaines femmes musulmanes ici et ailleurs. Et quel volume de sottises a été déversé par les médias et des citoyens lambda sur ce sujet qui, à force de susciter les passions, est devenu épineux! D'autant plus que la plupart des gens sont incapables de différencier les foulards et n'ont jamais croisé de leur vie une femme portant le niqab, ce si choquant "symbole de l'oppression de la femme".

 

C'est en guise de réaction aux polémiques intermittentes que la journaliste québécoise Kenza Bennis a interviewé des dizaines de québécoises de toutes origines pour discuter avec elles d'un seul sujet : le voile. Musulmanes, voilées ou non, et Québécoises ont offert une variété de perceptions et de points de vue sur le foulard. Pourquoi on le porte, comment on vit le regard des autres lorsqu'on le porte, comment on réagit à la vue d'une femme voilée, quel est le poids de l'entourage et de la tradition dans le choix de le porter ou non, etc. Elle a synthétisé le contenu des entrevuesen plusieurs monologues réunis dans ce court, mais précieux ouvrage.

 

Précieux notamment parce que ses pages sont construites à partir de témoignages réels de femmes d'ici à qui l'on donne trop peu souvent la parole. Peu importe où elles se situent par rapport à la question, leurs opinions et perceptions sont éclairantes pour quiconque cherche à appréhender le sujet et à tenter d'en tracer les contours souvent coupés au couteau par ce que nous dépeignent les médias. Les monologues sont entrecoupés d'informations factuelles qui permettent de bien saisir les racines culturelles et historiques ainsi que les hauts et les bas du port du voile par les femmes musulmanes à travers le monde.

 

Le texte est posé, calme, à des milles du ton alarmé des nouvelles que nous lisons de temps à autre sur le sujet. Il s'agit d'une lecture que j'ai adorée, qui m'en a appris beaucoup et qui m'a permis de mieux comprendre les raisons qui peuvent poindre derrière le choix de porter, ou pas, le fameux foulard dont on parle tant. Et comme je le soupçonnais, il y a autant de raisons pour adopter ou non le voile qu'il y a de femmes musulmanes. (Pascal, 26 mars 2017)

 

Fanny Britt, Isabelle Arsenault - Jane, le renard et moi

Roman graphique - La Pastèque - 2012

J'aime de plus en plus les romans graphiques, il s'agit d'un genre que j'ai découvert beaucoup trop tard dans ma vie par l'entremise de Guy Delisle. Ces derniers jours, je me suis plongé dans Jane, le renard et moi dont les textes sont de Fanny Britt et les illustrations d'Isabelle Arsenault. Je dois avouer avoir été très surpris.

 

L'ouvrage suit avec délicatesse les tribulations de la jeune Hélène, qui s'apprête tranquillement à entrer dans l'adolescence et qui vit une fin d'enfance qui peut sembler, de l'extérieur, bien ordinaire. Cependant, les auteurs ont su faire prendre conscience de l'ampleur que peuvent en réalité prendre ces drames faussement ordinaires auxquels font face les jeunes (filles, surtout) de l'âge de la protagoniste. Hélène est en effet laissée en plan par son ancien groupe d'amies. Celles-ci se sont tristement retournées contre Hélène et transforment son quotidien en un petit enfer d'isolement, d'humiliation et de pensées négatives. La noirceur habite le roman presqu'en entier. La seule éclaircie colorée dans le parcours de Hélène se situe quand elle plonge dans les livres, plus précisément dans le classique Jane Eyre d'Emily Brontë. Elle s'identifie au personnage principal du roman anglais et, comme celle de Jane, l'histoire d'Hélène connaîtra, tout doucement, un dénouement heureux alors qu'une nouvelle amitié viendra ensoleiller la dernière page du livre.

 

Au fil des pages, on sent toute la fragilité de la jeune écolière et le lecteur se surprendra à penser à toutes les Hélène tourmentées qui arpentent les corridors et les cours des écoles... Le dessin est habile, alternant entre le noir et blanc, oppressant, et la couleur, beaucoup plus rare, refuge d'Hélène pour échapper à son quotidien.

 

Une belle découverte, tout comme Louis et les spectres, toujours de Britt et Arsenault, qui présente cette fois un jeune garçon du même âge qu'Hélène qui navigue au sein d'une famille brisée par l'alcoolisme du père. Les romans graphiques sont généralement prisés d'un public adulte, mais Jane, le renard et moi et Louis et les spectres toucheront assurément la cible auprès de lecteurs plus jeunes (deuxième cycle du primaire, secondaire). (Pascal, 22 février 2017)

 

Larry Tremblay - L'orangeraie

Roman - Alto - 2013

L'orangeraie est une fiction qui nous rappelle bien tristement une réalité que les journaux télévisés nous présentent trop fréquemment. C'est une oeuvre violente. Il ne s'agit pas d'un grand feu d'artifice de fusils, meurtres et autres guerres ordinaires. La violence dans ce roman apparaît plus subtilement mais son omniprésence est quasi-insupportable pour qui l'abhorre.

 

Larry Tremblay présente une famille d'abord déchirée par un drame qui nous semble familier. Un attentat aveugle a fauché deux de ses membres, les grands-parents. Les sages de la communauté à laquelle appartient la famille sont catégoriques : l'honneur doit être vengé, les ennemis, dont les contours sont imprécis mais dont la menace est exacerbée, doivent payer pour le crime perpétré. Et le code de conduite est clair, il faut que Zohal, celui dont les parents ont été tués, sacrifie un de ses fils jumeaux pour la cause. Le véhicule de la vengeance est clair lui aussi. L'un des deux enfants sera choisi pour commettre un attentat-suicide chez l'ennemi. Lequel d'Amed ou d'Aziz connaîtra ce destin?

 

À chacune des 160 pages du roman, l'atmosphère est lourde. Le lecteur peut sentir toute la pression de la tradition, de tout un mode de vie qui n'est jamais nommé ou identifié clairement, mais qui est pour nous, Nord-Américains, complètement inconnu et difficilement compréhensible. Qu'est-ce qui peut pousser des individus faisant autorité dans un milieu à décréter que le sacrifice humain est la seule réponse acceptable à une attaque ayant causé la mort, que la terreur doit succéder à la terreur? Comment un père peut-il accepter de se plier à cette ordonnance et choisir "rationnellement" lequel de ses fils périra?

 

Les scènes de l'histoire que nous sert Tremblay perturbent. Les sages qui viennent annoncer la décision à la famille. Le père qui évalue lequel de ses fils constituerait un sacrifice convenable, qui leur explique froidement la suite des événements, qui présente à "l'élu" la ceinture d'explosifs. Les discussions entre les frères, deux enfants de neuf ans, l'un disant à l'autre "Je vais prendre ta place, je mourrerai, je n'ai pas peur". Le complot de la mère pour détourner les desseins des hommes, toujours toutefois dans un dénouement meurtrier. La famille et le voisinnage qui se réunissent pour célébrer le jeune enfant-martyr poussé à la mort, son courage, son sacrifice.

 

Larry Tremblay touche 160 fois la cible, à chaque page. Tout y est violence : la ceinture d'explosifs, le récit de l'enterrement des corps déchiquetés des parents de Zohal, l'impossibilité de voir clair quand la spirale destructrice est plus forte que la raison, l'insistance de Mikaël qui pousse, peut-être sans tout à fait le vouloir, un Aziz adulte à replonger dans son passé, l'expulsion de la communauté du frère survivant, qui a hystériquement révélé la vérité et déshonnoré sa famille. Deux enfants, beaucoup trop jeunes, mêlés malgré eux à cette histoire mais comprenant avec une lucidité qui dérange. Et le mensonge, l'horrible mensonge révélant non pas un enfant mort pour venger l'honneur mais plutôt mais plutôt un outil meurtrier au service d'une cause qui est inconnue et extérieure, mais qui est glorifiée. Pourquoi la guerre, le meurtre, la violence? Le lecteur, forcément, réfléchira à la question.

 

Je n'ai aucune idée du degré de connaissance qu'a Larry Tremblay par rapport à ce qu'il nous présente. "Vous ne savez pas de quoi vous parlez, monsieur", lui dirait peut-être Aziz/Amed, la même réponse qu'il a servie à son professeur de théâtre Mikaël vers la fin du roman. Que Tremblay sache ou non de quoi il parle, son texte de fiction semble malheureusement criant de vérité. J'écris "semble" volontairement parce que j'aimerais croire que tout cela, en 2016, n'existe pas dans le monde dans lequel je vis. Mais l'actualité, à laquelle fait forcément écho L'orangeraie, me ramène à l'ordre trop souvent, à grands renforts de Boko Haram, de Daesh et d'autres qui ne connaissent d'autre vérité que la leur et pour qui la terreur représente le meilleur moyen de parvenir à leurs fins.

 

À lire absolument. (Pascal, 24 avril 2016)

 

Jack Kerouac - On the Road

Nouvelle - Penguin Books - 1976

Je lis peu en anglais. Je trouve toujours éprouvant de lire dans ma deuxième langue même si je la maîtrise assez bien. Souvent, je trouve que l'effort n'en vaut pas la peine et j'abandonne rapidement ou encore je lis la traduction. Une édition dans sa langue d'origine du classique Sur la route de Jack Kerouac traînait depuis plusieurs mois dans la maison et j'ai commencé le bouquin parce que je l'avais sous la main, un peu par défaut. Julie m'a encouragé à le lire même si on y trouve un slang américain qui s'aborde mieux avec Google à portée de clics. Alors les pages se sont succédées, avec de plus en plus d'appétit et de moins en moins d'envie de m'éloigner du récit pour chercher la signification d'une expression obscure sur le web.

 

On the Road se veut un texte haletant qui nous entraîne dans tous les sens à grande vitesse. Sal, le personnage principal, est entouré de plusieurs individus au comportement souvent excessif. Tous se rejoignent toutefois dans une virevoltante quête de liberté caractérisée par une envie irrésistible d'avaler les kilomètres et de parcourir le pays. L'immensité des États-Unis est loin de les effrayer, au contraire. Sal et les madmen auprès qui il évolue vivent intensément (le mot est faible) le moment présent et Kerouac trimbale le lecteur de New York à la Californie en passant par le Colorado, la Nouvelle-Orléans et d'autres coins et racoins avec une plume qui favorise la prise de contact avec le territoire et les paysages ainsi qu'une réflexion sur la condition humaine, sur l'existence américaine au lendemain de la deuxième grande guerre. La situation des personnages semble précaire. Instabilité, pauvreté, nouvelles relations et ruptures, absence de repères mais toujours une idée fixe, celle de vivre l'immédiat et de participer à une quête aux contours et objectifs un peu flous, mais qui guide, par l'entremise du charismatique Dean, les voyages de la troupe changeante. Le lecteur détecte une certaine adversité, mais les acteurs du récit ne s'y frottent pas puisque le désir d'être libre est plus fort et fait passer les difficultés pour un passage obligé afin d'en arriver aux fins souhaitées.

 

Je n'ai pas mis le nez dans la traduction de cette oeuvre mais j'ai l'impression que d'en avoir fait la lecture dans sa version originale m'a permis de mieux saisir la portée de l'oeuvre. Les descriptions sont à la fois courtes et profondes, laissant bien prendre conscience du caractère extraordinaire, pour le narrateur, du pays, des gens côtoyés, du voyage lui-même. L'ensemble est confus, planant, mais aussi addictif et passionnant. On suit la bande de Sal avec l'impatience de connaître leur prochaine destination, les aventures qu'ils y vivront, les gens magnifiques ou anecdotiques qu'ils croiseront, et ainsi de suite. Et on se prend à rêver de tout lâcher pour partir. Partir pourquoi, et où? Partir parce qu'il le faut. Et loin. Une lecture surprenante, un coup de coeur immense et inattendu. (Pascal, 3 avril 2016)

 

7 Wonders Duel (Repos Production - 2015)

Jeu de développement, 2 joueurs, 30 minutes.

Nous accueillons généralement avec méfiance les éditions dérivées de jeux ayant acquis le statut de classiques du jeu de société. Pour cette nouvelle version de l'excellent 7 Wonders toutefois, nous étions plus optimistes pour une simple et bonne raison : Bruno Cathala, possiblement la plus grande vedette parmi les créateurs de jeux. On lui doit notamment Five Tribes et Dice Town.

 

Comme son grand frère, 7 Wonders Duel implique d'être à la tête de la civilisation la plus puissante à coups de développement militaire, intellectuel et commercial et en accumulant prestige et monuments. Contrairement à 7 Wonders, la version à deux joueurs n'implique pas de draft, élément que nous adorons. Les joueurs piochent à tour de rôle une carte dans la pyramide de cartes, différente à chaque âge ou étape d'évolution. Ces cartes composent leur civilisaton et donnent certains avantages qui mèneront (ou non!) à la victoire. Il est intéressant de voir la majorité des cartes auxquelles nous auront accès puisque cela permet de développer une stratégie qui pourra impliquer de bloquer son adversaire ou de lui nuire, par exemple en le forçant à choisir une carte qui présente peu ou pas d'intérêt pour lui. De plus, autre nouveauté, la victoire est acquise instantanément si on atteint un niveau suffisant de supériorité militaire ou intellectuelle.

 

Les parties se déroulent rapidement (30 minutes) et les chemins pouvant mener à la victoire sont multiples et différents à chaque partie. Les créateurs du jeu ont relevé avec brio le défi de renouveler le jeu en l'adaptant à deux joueurs avec un nouveau fonctionnement et ce, sans rien enlever du plaisir qu'on éprouve à jouer à 7 Wonders. L'un des meilleurs jeux à deux joueurs que nous avons essayé, nous le recommandons chaudement à ceux et celles qui n'ont pas souvent l'occasion de réunir une grande tablée de plusieurs joueurs! (Pascal et Julie, 7 février 2016)

 

Frédérick Lavoie - Ukraine à fragmentation

Récit - La Peuplade - 2015

Je dois d'entrée de jeu avouer que j'ai lu et énormément apprécié Allers simples : aventures journalistiques en Post-Soviétie, premier ouvrage de Frédérick Lavoie paru en 2012. J'ai donc débuté ma lecture avec un préjugé favorable. L'Europe de l'Est passée et actuelle sont d'un grand intérêt pour moi et le simple fait qu'un journaliste québécois s'intéresse à ces régions peu fréquentées et nous en dresse un portrait vu de l'intérieur suffit à me plaire. Kiev, Lougansk, Slaviansk, Donetsk et autres : voyage au coeur d'un pays profondément divisé.

 

La révolution ukrainienne et le conflit militaire qui en a découlé ont fait l'objet de maints reportages dans les médias canadiens et internationaux. Malgré tout, il reste très difficile de bien en saisir les enjeux et de mesurer l'implication et les intérêts des États et groupes impliqués. Ukraine à fragmentation fait oeuvre utile à deux niveaux. D'abord, le livre nous offre une incursion fascinante au coeur même du conflit, auprès de ses acteurs directs (militaires, intellectuels, militants) et d'autres Ukrainiens "ordinaires" qui y sont mêlés d'une manière ou d'une autre et qui trop souvent font les frais du conflit. Ensuite, et c'est là la plus grande force de l'auteur, le récit ne cherche aucunement à nous faire prendre position. Le ton est toujours mesuré, posé et neutre, si ce n'est qu'un évident (et rassurant) parti pris anti-guerre est affirmé et réaffirmé de page en page. Lavoie laisse parler les gens et les événements et cherche de tous les côtés (nationalistes urkainiens, rebelles du Donbass, etc.) afin de comprendre les racines du conflit. Ce qui en ressort est bien peu reluisant et porte à réfléchir sur la nature profonde des conflits armés en général. Pourquoi l'homme cherche-t-il à tuer l'homme? L'auteur ne cherche aucunement à lancer la pierre à l'un ou l'autre, mais tente plutôt de trouver un sens au conflit, de découvrir ce qui justifie que des citoyens d'un même pays prennent les armes les uns contre les autres sans aucune considération pour leurs compatriotes qui sont du mauvais côté de la guerre. Au fil du récit, le lecteur constate que la majorité des intervenants qui témoignent sont à peu près incapables de garder la tête froide face aux événements et de faire la part des choses, chacun ayant choisi son camp. Mais qui est capable de discernement quand les bombes pleuvent sur militants et civils et quand beaucoup cherchent à polariser et à instrumentaliser les événements? La guerre peut être aveuglante... Malgré tout, Frédérick Lavoie accueille les témoignages des uns et des autres et en présente d'un point de vue plus humaniste que militariste.

 

Malgré ce que pourrait laisser croire la quatrième de couverture, le dialogue entre l'auteur et Artyom, jeune ukrainien de Donetsk tué par une roquette, ne prend pas tellement de place dans le récit. Il est plus senti en début et en fin d'ouvrage, mais le coeur du livre tient plus du texte journalistique, fort bien écrit et qui se laisse lire sans difficulté, que de l'oeuvre littéraire. Cela n'altère en rien l'intérêt du livre, un incontournable pour quiconque s'intéresse à cette partie du monde et aux secousses géopolitiques et militaires qui la secouent trop souvent. Et si vous aimez cette petite plaquette de 250 pages, plongez sans hésiter dans son précédent livre, vous apprécierez tout autant! (Pascal - 28 novembre 2015)

 

Steve Vallières - Implacables. Les Jaros de la Beauce, 1975-1976

Documentaire - Hurtubise - 2015

La rentrée littéraire amène forcément son lot de livres qu'on doit se procurer. Il y a plusieurs mois déjà j'avais eu vent de la parution d'un livre en apparence anodin portant sur une obscure équipe de hockey professionnelle québécoise ayant évolué dans les années 1970. Obscure équipe... Un détail a attiré mon attention. Un oeil averti décèle instantanément une ressemblance plus qu'évidente entre le logo des Jaros de la Beauce et celui d'une équipe de hockey fictive évoluant dans un film culte, les Bulldogs de Syracuse. Le film en question? Slap Shot, bien sûr! À ma grande surprise, les Jaros de la Beauce évoluaient dans le circuit dont se sont inspirés les artisans de Slap Shot. C'était suffisant pour que ce soit LE titre de la rentrée pour moi, fan fini de ce film mythique.

 

D'une plume habile, simple et imagée, Steve Vallières nous plonge dans la rocambolesque et courte histoire de cette équipe née des rêves un peu fous d'un entrepreneur beauceron, André Veilleux. Au fil des pages, l'auteur, qui a interviewé des anciens de l'équipe, du circuit, du monde du hockey de l'époque ainsi qu'André Veilleux lui-même, trace le portrait stupéfiant de cette équipe qui a connu une ascension fulgurante à coups de poing (ceux de Gilles "Bad News" Bilodeau, de James Troy et de Michel Garneau) et de points (ceux de Luc Simard, Alain Caron, Richard Grenier et surtout de Jocelyn "Gipsy Joe" Hardy, premier joueur de hockey professionnel à marquer plus de 200 points en une campagne) et qui s'est éteinte dès sa deuxième saison. On y retrouve des noms connus des amateurs de hockey, par exemple Wally Weir (qui a évolué plus tard avec les Nordiques dans la LNH), Ron Fournier (qui débutait sa carrière d'arbitre), Steve et Jeff Carlson et Dave Hanson (les vrais frères Hanson du film, qui étaient joueurs professionnels), etc.

 

À travers ce détour dans les couloirs d'un circuit professionnel mineur de l'époque, ceux qui ont vu (et revu) Slap Shot reconnaîtront indéniablement des scènes du film. La bagarre avec les spectateurs par-dessus la baie vitrée, les policiers à la porte de la chambre des joueurs, venus cueillir trois joueurs, la rencontre entre Reggie Dunlop et Tim McCracken dans l'amphithéâtre avant le match, une partie stoppée dès le début à cause d'une bagarre générale... André Veilleux voulait une équipe sur le modèle des Broad Street Bullies, les Flyers de Philadelphie de la LNH, et il a réussi au point de s'aliéner toutes les autres formations du circuit (et leurs supporteurs, bien sûr) et même les propres partisans des Jaros, affectionnant le jeu robuste mais ne désirant pas assister à des frasques déplorables à chaque partie locale à Saint-Georges. Un titre que les amateurs de hockey et d'ouvrages sportifs se doivent de lire! (Pascal - 31 octobre 2015)

 

Kim Thúy - Mãn

Roman - Libre Expression - 2013

Je ne suis pas un grand consommateur de romans. Au premier contact, Mãn ne me disait rien de plus que n'importe quel autre titre, si ce n'est que son auteure jouit d'un immense capital de sympathie et d'appréciation au Québec. Rien ne me rebutait non plus : petite plaquette, couverture attirante, réputation de l'écrivaine. J'ai plongé. Et je n'ai retrouvé la surface qu'une fois le livre terminé.

 

Mãn est un délicieux mélange des cultures, un entremêlement entre le Vietnam, d'où sont originaires la majorité des principaux protagonistes du roman, et le Québec, leur terre d'accueil, lieu de possibles, de découvertes, d'épanouissement. Le lecteur pensera reconnaître un peu de l'auteure, dont le parcours peut ressembler, imagine-t-on, à celui du personnage principale. Jeune femme récemment mariée et arrivée au Québec avec son mari, elle se plonge dans la cuisine, source de traditions, de souvenirs et de nostalgie. Au contact d'une femme québécoise qui devient amie intime, elle fleurira au fil du roman, s'imprégnant de plus en plus de nord-américanité, jusqu'à tomber amoureuse d'un homme qui lui fera rapidement oublier son mari imposé alors qu'elle était toujours au Vietnam.

 

Outre l'écriture douce et lisse, on remarque rapidement la très grande importance de la nourriture et de la cuisine dans le roman. Les souvenirs, la vie au Québec et les escapades internationales de la narratrice sont imprégnées de saveurs, d'arômes, de mets préparés avec grand soin. Et le plus beau, c'est que Kim Thúy nous les fait pratiquement sentir et goûter. La cuisine sert de véhicule dans ce voyage culturel et savoureux entre Montréal et l'Asie. J'ai adoré. (Pascal - 5 septembre 2015)

 

Sapiens - Catch Up Games (2015)

Jeu de placement de tuiles (dominos) familial – 2 à 4 joueurs – 10 ans et plus – 45 minutes

 

Préhistoire. Vous devez guider votre tribu à travers la vallée afin de récolter de la nourriture et d'y trouver des cavernes pour l'abriter et survivre.

 

Dans Sapiens, chacun des joueurs prend un plateau de jeu personnel sur lequel seront posés les tuiles/dominos qui feront avancer la tribu et qui lui feront gagner des points « nourriture » et « abri ». Les tuiles suivent le principe du domino. On trouve deux scènes différentes sur chacune des tuiles. Afin de pouvoir placer une tuile, deux scènes identiques doivent être connectées.

 

À chaque tour de jeu, le joueur pose une tuile prise dans sa réserve personnelle composée de quatre tuiles. Le joueur active ainsi le pouvoir de la scène connectée et gagne les points « nourriture » indiqués sous la tuile qu'il vient de poser. Chacune des huit scènes produisent un effet différent.

 

Premièrement, le matériel est de très bonne qualité et les images sont superbes. C'est un jeu très accessible et qui semble très simpliste. Par contre, on se rend rapidement compte qu'on est son propre ennemi dans Sapiens. On doit penser stratégiquement aux tuiles que l'on doit poser et que l'on doit piocher dans la réserve commune afin de pouvoir continuer notre chemin et éviter d'être bloqué. On doit aussi penser à l'endroit où l'on va placer nos tuiles afin de ne pas bloquer les accès aux cavernes. J'ai vraiment apprécié le fait que l'on doit tenter de garder un équilibre entre les points « nourriture » et les points « abri ». On ne peut donc pas négliger un des deux types de points si on souhaite gagner la partie. Pour ma part, c'est la première fois que je jouait à un jeu avec ce genre de mécanisme. Aussi, la mécanique domino modernisée de ce jeu vient véritablement innover dans l'univers du jeu de société. (Julie - 7 août 2015)

 

Quilles finlandaises - Ste-Sauvage (2014)

Je dois l'avouer, j'étais un peu sceptique. Un jeu scandinave qui soudainement devient populaire dans la région montréalaise et ailleurs et dont Facebook, les médias et les magasins/boutiques parlent énormément. Est-ce que c'est seulement la saveur de l'été ou est-ce vraiment intéressant?

 

Je participais à une petite fête récemment et j'en ai profité pour acquérir un kit et l'essayer dans un contexte idéal : party, beaucoup de monde, à l'extérieur, température parfaite (sauf la tombée du jour qui a nuit), etc. Et j'ai rapidement été séduit. Les règles sont archi-simples : on lance un bâton dans les quilles et si on frappe une seule quille, on marque la valeur de la quille, si on frappe plusieurs quilles, on marque le nombre de quilles abattues. On doit absolument arriver à exactement 50 points sous peine de retomber à 25 et de devoir remonter la pente.

 

D'abord, n'importe qui, je dis bien n'importe qui, peut jouer à Ste-Sauvage. Suffit d'être en mesure de lancer le bâton sur 3-4 mètres! Le principal défi réside d'abord dans le choix de la "stratégie" : abattre plusieurs quilles ou viser la quille la plus payante? Tout dépend du nombre de points visé et de la disposition des quilles puisque celles-ci sont remises en place à l'endroit où elles ont été renversées, ce qui fait que leur emplacement change à chaque fois qu'elles tombent! D'un tour à l'autre, on vise tantôt une quille isolée et payante (avec le risque de rater et de ne marquer aucun point, et si on manque trois fois de suite on est éliminé!), tantôt un groupe de quilles facile à atteindre mais moins payant.

 

Bref, du fun pour tous, une bière à la main, sur n'importe quel bout de terrain (gazon, gravier, sable, etc.) qui peut accueillir les quilles. Parfait pour le camping, la plage, les fêtes (d'enfants/d'adultes)! Et en prime, c'est fait au Québec :) (Pascal - 11 juillet 2015)

 

Dany Placard - Démon vert (2012)

Ceux et celles qui nous visitent souvent ont certainement remarqué que nous nous assurons d'une ambiance musicale intéressante (on l'espère) dans notre librairie. C'est agréable pour nous parce que ça nous a incité à écouter de la musique, ce que nous faisions moins depuis quelques années.

 

On va voir les spectacles qui passent dans le coin, on achète les albums des artistes qu'on aime particulièrement et on fait des découvertes. Et la plus récente sur la liste est Dany Placard, que je ne connaissais que de nom auparavant et que j'ai croisé dans le détour sur Spotify. Poésie rurale, accent du Lac-Saint-Jean bien senti, musique rock/country parfois douce, parfois corrosive.

 

Dans la même veine que Fred Fortin et Bernard Adamus. On a apprivoisé rapidement et on aime beaucoup! (Pascal - 15 mai 2015)

 

Cartoville

Guides de voyage, Gallimard, 2014

Ceux et celles qui nous connaissent savent que nous aimons nous promener. Généralement, nous affectionnons les guides de voyage Lonely Planet que nous trouvons complets et axés sur la découverte d'attraits, de restos et de destinations moins connus. Toutefois, l'an passé, une nouvelle série de petits guides de voyage de poche a attiré notre attention.

 

Dans les guides Cartoville, on va à l'essentiel. Présentant uniquement de grandes villes, on y trouve des cartes à déplier des principaux quartiers à visiter. En dépliant la carte, on peut consulter de courts descriptifs de tous les éléments à ne pas manquer dans le quartier en question. Ainsi, assis sur un banc de parc, on peut aller voir le guide et regarder ce qu'il y a à voir autour de nous et ensuite se décider.

 

Ce guide peu coûteux plaira aux voyageurs qui ne sont pas ultra-préparés lorsqu'ils arrivent à destination et à ceux qui veulent connaître les incontournables d'une ville sans transporter un gros guide. On met le guide Cartoville dans la poche, on file au coeur de la ville et ensuite on s'oriente à travers les trucs à voir, quartier par quartier, carte par carte. (Pascal - 4 mai 2015)

 

Colt Express - Ludonaute (2014)

Jeu de programmation - 10 ans et + - 2 à 6 joueurs - 40 minutes

Far West, XIXe siècle. Des pilleurs (les joueurs) s'apprêtent à faire main basse sur les richesses des passagers du train, pourtant protégé par le shérif. L'hostilité est à son comble, les bandits s'en prenant les uns aux autres pour accumuler le butin. Se déplaçant de wagon en wagon, tirant, frappant et volant à qui mieux mieux et laissant les passagers morts de peur.

 

Les joueurs/bandits doivent programmer leurs actes en jouant stratégiquement des cartes-actions. Ce que nous adorons de ce jeu, c'est son niveau d'imprévisibilité. Les rebondissements sont multiples et il est très difficile d'établir une stratégie qui fonctionnera et qui nous permettra de ramasser un max de fric. L'action se déroule à toute vitesse et il faut être futé pour anticiper les actions des autres joueurs afin que nos propres actions soient réussies.

 

Les parties sont assez courtes (moins d'une heure) et le fonctionnement, qui peut sembler complexe à première vue, est plutôt facile à comprendre une fois dans le feu de l'action. Plus il y a de joueurs, plus il a du mouvement et des imprévus! Mais même à deux joueurs, le jeu est fort agréable. Le matériel de jeu est très cool avec le train et les éléments de décor (qui sont plus souvent qu'autrement dans les jambes, mais qu'on aime quand même).

 

Accessible et très divertissant, à essayer absolument! (Pascal - 30 mars 2015)

 

Les soixante meilleures recettes du monde... Point final

Livres de cuisine, Éditions Cardinal

Déclinés en plusieurs thématiques (burgers, sautés, soupes, pizzas, etc.), les livres de recettes Les soixante meilleures recettes du monde... Point final ont rapidement trouvé une place de choix parmi nos bouquins de cuisine. On apprécie justement le découpage par thèmes, qui fait qu'on se retrouve rapidement. On a envie de pâtes? Pas besoin de feuilleter un livre ou une revue où on trouve de tout, on attrape l'édition concernée et le tour est joué

 

Nous avons essayé plusieurs recettes et jusqu'à maintenant, nous n'avons jamais été déçus. C'était excellent à chaque fois! Les livres sont conçus au Québec, ce qui fait qu'on trouve les ingrédients proposés au supermarché du coin et que les unités de mesure sont adaptées. Par ailleurs, on aime que chaque recette soit accompagnée d'une photo! (Julie - 6 mars 2015)

 

Help me! - Libellud (2012)

Jeu de placement de tuiles - 8 ans et + - 2 à 4 joueurs - 15 minutes

Vous avez déjà acheté un petit jeu de société que vous ne connaissiez pas du tout, pas cher, en vous disant "On verra"? Vous en avez déjà été si satisfait que le jeu est devenu l'un de vos coups de coeur? C'est exactement ce qui nous est arrivé avec Help me! de Libellud.

 

Le jeu s'explique en 2 minutes. Chaque joueur doit "sauver" les esprits de la nature qui lui ont été attribués au hasard. Pour se faire, il doit déplacer les tuiles horizontalement/verticalement, en les empilant. Il faut prendre possession d'une ou plusieurs piles (les piles nous appartiennent si, en fin de partie, la tuile du dessus correspond à un esprit que nous devions sauver) et, idéalement, maximiser nos points en possédant plusieurs tuiles/piles et en accumulant les bonus.

 

Avant la première partie, on se dit inévitablement que ça sera du gâteau. Après la première partie, on commence à se prendre la tête! Il est pratiquement impossible d'établir une stratégie sûre, particulièrement si on joue à 3-4 joueurs. Bluffer ou ouvrir son jeu? On doit être attentif aux actions des autres joueurs et éviter de se faire piquer à la dernière seconde une belle pile de tuiles qui rapportera!

 

On adore, et tous ceux avec qui on a joué ont adoré. (Pascal - 22 février 2015)

 

Art Spiegelman - Maus : l'intégrale

Roman graphique/bande dessinée, Flammarion, 2012

Le fils d'un juif de Pologne ayant survécu aux camps nazis recueille le témoignage de son père dans le cadre d'un projet de bande dessinée. Un passionnant regard de l'intérieur sur la vie (et la mort) dans l'enfer de la Shoah. Réalisé dans les années 1970-1980 et initialement publié en deux tomes, ce roman graphique est devenu un classique et ravira les amateurs de ce genre littéraire de même que les passionnés d'histoire.

 

Le texte se laisse dévorer, parfois drôle, plus souvent sensible et tragique. À travers l'insistance de l'auteur/personnage principal pour interviewer son père Vladek, on suit une relation père-fils parfois tumultueuse qu'on peut comparer à une sorte de "complexe du survivant" : est-il possible pour quelqu'un qui n'a pas connu l'Holocauste de vraiment comprendre toute l'horreur de cette période? On sent très bien une grande fracture générationnelle entre le survivant et les plus jeunes, qui ne se souviennent pas. Vladek est incapable de se détacher de son passé alors que Art cherche comment s'y rattacher, comment l'appréhender. Par ailleurs, l'auteur n'adopte pas un ton moralisateur, ne cherche pas à faire passer un message, pas plus qu'il ne veut embellir (ou enlaidir) la réalité. Il va même jusqu'à comparer Vladek, son père, au juif stéréotypé, correspondant à une foule de clichés : misérabiliste, radin, capitaliste, etc.

 

Les illustrations de Spiegelman sont saisissantes. Le lecteur cherchera à comprendre la métaphore animalière (les Juifs en souris, les Allemands en chats, les Polonais en cochons, et ainsi de suite) et en s'y attardant, on sent les émotions dans le regard des personnages. Le texte ne prend son sens qu'avec les images et vice versa. À lire absolument. (Pascal - 17 janvier 2015)

 

 

Donna Tartt - Le maître des illusions

Roman, Pocket, 2014

La romancière américaine ne se commet pas souvent. En 2014 est paru Le chardonneret et étant donné les critiques dithyrambiques qui ont suivi,  ma curiosité a été piquée. J'ai choisi de la découvrir par son premier roman, Le maître des illusions. On suit le parcours de Richard, jeune étudiant originaire de la côte Ouest qui aboutit dans une petite université du Vermont. Désireux de s'éloigner de sa famille et de son milieu pour se consacrer à des études classiques, il se lie avec cinq étudiants doués. Ils vivront prouesses académiques, fêtes sans lendemain et expériences initiatiques de plus en plus intenses. Hésitant constamment à poursuivre son chemin aux côtés des camarades qu'il a tant espérés, Richard et ses amis se retrouveront mêlés à un drame qui prendra une tournure encore plus tragique.

 

J'ai été rapidement happé par le texte. J'ai beaucoup apprécié les références à l'Antiquité et l'environnement dans lequel se déroule l'action : campus universitaire, salles de classe, bibliothèque, professeurs, etc. J'ai aimé être dans la peau du narrateur, poser mon regard sur le comportement parfois étrange de ses amis. L'action se déploie tranquillement, on sent que quelque chose d'important va survenir, mais on doit sans cesse tourner les pages jusqu'à l'instant fatidique et à la traque qui s'en suit. L'attirance du groupe pour les choses sombres est captivante et comme pour les personnages, une certaine fascination s'installe chez le lecteur au fil des chapitres. J'ai préféré Le maître des illusions au Petit copain, son deuxième roman. (Pascal - 10 janvier 2015)